<<            Un projet itinérant de Justin Meekel et Pierre Fisher effectué à travers la France du 8 juillet au 13 août 2009 grâce au soutien de STartE. « Suite à la trouvaille du Guide de la France mystérieuseécrit en 1966 par René Alleau, nous partons plus d’un mois sur les routes de France dans l’espoir de débusquer de nouveaux mystères. Les rencontres et découvertes satisfaisantes sont ensuite formalisées dans des livrets édités et distribués tout au long de notre parcours grâce à une Peugeot 205 aménagée en mini-imprimerie.» C’est en ces termes que se définit elle-même une performance estivale ayant donc consisté, pour deux jeunes artistes, à partir sur les traces d’un guide pour en quelque sorte le rafraîchir. Mais si le mystère initial masquait ses icohérences sous l’autorité d’un aréopage de chercheurs au CNRS et autres instituts respectables, son renouvellement tient aux procédures délibérément légères de qui associe la logistique minimale à la dérive nécessaire…

En cet été 2009, Pierre Fisher et Justin Meekel ont ainsi effectué un périple dont la cartographie évoque celle du Tour de France cycliste faite d’une succession d’étapes ralliant à chaque fois deux cités. Ils partent armés d’une recension de mystères pour constater que leur teneur s’est estompée dans la mémoire des contrées traversées. Chemin faisant, de Bézu-la-Forêt à Obermodern-Zutzendorf, ils collectent, en enquêteurs de tout et rien, des faits prosaïques et de nouveaux mystères. Leur performance, qui n’a rien d’extraordinaire (qui aspire d’ailleurs plutôt à l’ordinaire), tient d’abord de la rencontre ainsi que de la fabrication en continu d’une édition (les huit livrets édités du 8 juillet au 13 août) qui leur permettra, par le jeu du don/contre-don, de favoriser l’échange avec les personnes rencontrées. Loin de la rigueur scientifique dont pouvait se réclamer leur prédécesseur René Alleau, ils s’éloignent aussi du systématisme de certains des « artistes-ethnologues » (tels que Jeremy Deller & Alan Kane) qui ont pu les inspirer. Ils n’en conduisent pas moins leur incursion en ruralité avec le plus grand sérieux selon une heuristique de la dérive dont le précepte clé pourrait être : « l’occasion fait le larron ».

faux s’empara de ces canards glacés, abandonnant les pattes à l’étang. Les anecdotes relatées par nos deux jeunes artistes ont souvent la poésie factuelle de brèves à la Fénéon. Ils les recueillent au gré des rencontres sans souci d’actualité et les donnent à lire avec sobriété. Ils y mêlent parfois quelque événement qu’ils vivent à l’occasion de leur parcours. L’orage « sans précédent » qu’ils subirent le 22 juillet 2009, raconté au passé simple, se voit doté de la même dimension historique que la nuit des canards gelés. En un réjouissant principe d’équivalence généralisée, une photo de leur véhicule-imprimerie vaut pour celle d’un menhir ou d’une collection de théières. Un fait peut-être important pour certains, divers documents ou la seule narration pourront en transmettre la légende durant quelques années. Indirectement, Justin Meekel et Pierre Fisher montrent bien le caractère partiel et partial opéré par l’Histoire. Ils en jouent très librement en faisant de la moindre singularité rencontrée un possible mystère pour leur besace. Un mur de Plourin est strié de bandes vertes qu’un Buren local a un jour produites.

Leurs choix éditoriaux réservent au lecteur de belles associations. Une photo est sobrement légendée pour ce qu’elle montre : « Piquet à l’abandon ». Le bout de bois flashé et photocopié en noir et blanc trône en vis-à-vis de la légende de la pierre qui s’écroule sur ceux qui cherchent le trésor de Bézu-la-Forêt. Le plus souvent, leur ironie se borne à revenir au prosaïque, le chargeant de mystère ou pas. Qu’un bureau de poste reste ouverte à midi alors qu’elle a été provisoirement désertée par ses agents, cela tient des deux catégories. La photo d’un panneau « local commercial à construire » lapidé à coups de pierre ou encore celle d’un panneau « interdit aux nomades » font leur place à la simplicité univoque de certains faits locaux. Plusieurs facteurs cheval ou collectionneurs d’objets divers figurent aussi parmi les trouvailles des deux artistes enquêteurs. Ce sont souvent ces personnes qui ont servi d’indicateurs de zones à mystère ou qui ont permis la reproduction de leurs propres archive.
Cédric Schönwald



































































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